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8 mars 2016 2 08 /03 /mars /2016 14:06
BENJAMIN PÉRET. LE SIGNE ASCENDANT DE LA RÉVOLUTION D’ABORD ET TOUJOURS.

LE SIGNE ASCENDANT DE LA RÉVOLUTION D’ABORD ET TOUJOURS.

Suivit de Benjamin Péret:

"Ce que c'est que le surréalisme" (1929)

Merci à Alfredo pour son article id : http://labouchedefer.free.fr/

Merci pour la photo des archives de Jaime Fernandez

..

http://www.dailymotion.com/video/x2ej11m_benjamin-peret-interview_creation

...

Il faut ici rappeler, à tous ceux qui n’envisagent le surréalisme que sous l’angle esthétique, que la révolte de Péret et des futurs surréalistes s’alimentera en grande part du dégoût que produira sur eux la boucherie de 14-18. Ainsi, la guerre, le vil caporalisme et les différents aspects que peut prendre la peste nationalo-chauvine, constitueront autant d’objets de mépris sur lesquels s’exprimera l’ire ou la dérision des surréalistes. « Vive la France et les pommes de terre frites ! », s’exclame Péret lors d’une matinée Dada.

En 1921, à l’occasion du fameux « Procès Barrès » accusé de crime contre la sûreté de l’esprit, il récidive. Déguisé en soldat inconnu, orné d’un masque à gaz et marchant au pas de l’oie, il provoque l’indignation des braves chauvins qui prennent la scène d’assaut en entonnant la Marseillaise. Les médias, déjà au « service » des bonnes causes, commentent l’affaire. Le 14 mai, le journal La Presse, gon fanions au vent et clairons en tête, entonne :

« Tant de bassesse, de vilenie et de grossièreté dans la farce devrait naturellement révolter tous ceux qui ont l’âme française… »

Le 15 mai c’est autour de Comoedia de claironner :

« Ce fut une manifestation piteuse, grotesque, odieuse même par l’introduction dans cette mascarade sans gaîté, du symbole que le soldat inconnu représente pour l’immense majorité des Français… »

Si les années vingt constitue une période historique particulièrement marquée par les conflits politiques et sociaux, elle se caractérise également par un certain conformisme qui, en France comme en d’autres coins du globe, use de tous les moyens afin de maintenir la cohésion du système capitaliste.

Les 13 millions de morts sur les « Champs du Déshonneur » de 14-18, n’entameront pas suffisamment l’ardeur patriotique des peuples abrutis par des siècles de propagande nationaliste. Un peu partout, on continue à adorer les mêmes idoles, vénérer les mêmes héros et se prosterner devant les mêmes valeurs. Sans délaisser le terrain de la contestation politique et sociale (ce qui les amènera, parfois, à contracter des alliances malheureuses : voir l’épisode de l’adhésion au PCF), les surréalistes dès l’origine du mouvement, entendent œuvrer à l’émancipation de l’esprit.

« (..) Nous lançons, s’écrient-ils dans leur fameuse « Déclaration du 27 Janvier 1925 », à la société cet avertissement solennel :

Qu’elle fasse attention à ses écarts, à chacun des taux de son esprit nous ne la raterons pas.
(…) Le surréalisme n’est pas une forme poétique.

Il est un cri de l’esprit qui retourne vers lui-même et est bien décidé à broyer désespérément ses entraves, et au besoin par des marteaux matériels. »

La dérision iconoclaste

Lorsque l’Académie Française lance son prix de poésie pour l’année 1927, c’est sous le signe de la dérision iconoclaste que Péret répond à l’appel. Le thème du concours, créé, visiblement, à l’intention des maniaques de l’alexandrin en mal de verve, est des plus édifiants. « La Mort Héroïque du Lieutenant Condamine de la Tour », sorte de sabreur occis durant la guerre du Rift, témoigne, en effet, de ce que peuvent entreprendre les institutions étatiques afin de diffuser et consolider leurs mythes aliénants. La notice suivante, émanant du groupe surréaliste, présente au jury la contribution de Péret :

« (…) Noire collaborateur, Benjamin Péret, inspiré particulièrement par cette action d’éclat, présente dès maintenant au jury académique le poème ci-dessous où est apprécié à sa juste valeur le haut fait d’armes de son compatriote ».

« (…) C’est ainsi que tu as grandi Condamine de la Tour
que tu as grandi comme un porc
et le nombril du soldat inconnu est devenu le tien
Mais aujourd’hui jésus a mis ses pieds dans ta gidouille
qui lui sert de sabot
C’est pour cela qu’on l’a fait dieu
et que les curés ont des chaussures
semblables à leur visage
Pourris Condamine de la Tour
Avec tes yeux le pape fera deux hosties
pour ton sergent marocain
et ta queue deviendra son bâton de maréchal
Pourris Condamine de la Tour
pourris ordure sans os. »

Poète et révolutionnaire

Poète et révolutionnaire, menant de plein front ces deux activités qui, bien que complémentaires, se définissent sur un plan différent, Benjamin Péret fut également un militant de valeur sur le terrain des luttes sociales. En épousant la cantatrice brésilienne Elsie Houston (avril 1928), Péret devient le beau-frère de Mario Pedrosa, militant trotskyste, avec lequel, l’année suivante, il fonde et anime à Rio de Janeiro la Ligue Communiste du Brésil (Opposition de gauche). Il sera finalement arrêté, emprisonné puis expulsé du Brésil comme « agitateur communiste » le 30 décembre 1931, quelques mois après la naissance de son fils Geyser. Le rapport du ministère de la justice qui suit est des plus explicites : « Le chef de la police demande l’expulsion du territoire national du Français Benjamin Péret, agitateur communiste et comptant parmi les responsables de la Ligue Communiste du Brésil… »

(Quant a Elsie Houston, elle sera retrouvée morte à son domicile, 431 Park Avenue. Alors âgée de 40 ans. L’inspecteur William Chaplin du commissariat de la 51ème rue a conclu à un suicide apparent. New York Times, 21 février 1943)

Soulignons encore la présence et la participation active de Péret dans la révolution espagnole de 1936.D’abord dans les rangs du POUM et ensuite, alors que cette organisation trotskiste se trouvait peu à peu phagocyté par des éléments staliniens, dans les milices anarchistes. Ce fragment de lettre adressée à André Breton, nous fournit quelques renseignements sur l’état d’esprit et les activités déployées par Péret :

« Dès les premiers jours de mon retour, il s’était avéré que toute collaboration avec le POUM était impossible. Ils voulaient bien accepter des gens à leur droite, mais pas à leur gauche… J’ai décidé d’entrer dans une milice anarchiste et me voici au front -à Pina de Ebro- où je resterai tant que rien d’intéressant ne m’appellera ailleurs… Je voudrais te raconter ici toutes les canailleries des staliniens qui sabotent ouvertement la révolution avec l’appui enthousiaste évidemment des petits bourgeois de toutes nuances… » (Primera Compania del Batallon « Nestor Makhno » - Division Durruti, Pina de Ebro, Frente de Aragon, 7 mars 1937.)

Péret connaîtra encore la prison en 1940 pour menées subversives et avoir créé une cellule trotskiste au sein de l’institution militaire. Libéré à la faveur du désordre général, il gagne la zone libre. Jugé indésirable par l’ambassade des États-Unis qui lui refusera un visa d’entrée. C’est de Marseille qu’il s'embarque pour le Mexique. Il y restera, auprès de sa nouvelle compagne, le peintre espagnol Remedios Varo, jusqu'en 1948. Au Mexique, il entreprend des recherches approfondies sur les mythes précolombiens et les légendes populaires d'Amérique. Ce qui nous vaudra, en 1955, une traduction précédée d’une superbe introduction du Livre de Chilam Balam de Chumayel. En 1960, après la mort du poète, sera publiée son Anthologie des mythes, légendes et contes populaires d’Amérique, avec en préface le fameux texte La Parole est à Péret dans lequel, conscient de ce qui vivifie son oeuvre depuis toujours, Péret établit magistralement l’analogie entre la démarche poétique et la pensée mythique.

En 1945, alors qu’en France, un peu partout, on se découvre une vocation subite de résistant, Péret lance son fameux Déshonneur des Poètes. Véritable manifeste de la poésie non asservie (celle dont Octavio Paz, disait qu’elle « est un pont jeté entre la pensée utopique et la réalité »), ce manifeste était la réponse claire et sans ambages de Péret face aux litanies serviles publiées par Aragon Eluard suivis de quelques autres dans L’Honneur des Poètes. Les polémiques qui s’engagèrent contribuèrent certainement au silence qui entoura durant des décennies l’oeuvre de Benjamin Péret. Au cours des années 60, M. Georges Hugnet, n’hésitera pas à traiter Péret de « planqué » et de « pousse au crime »… Et actuellement, dans un ouvrage de son crû, dont la lecture ne peut être menée à terme qu’à condition de se boucher les narines, c’est l’agité du bocal Bernard Henri Lévy qui traite Péret d’âne… ?

Le contenu révolutionnaire du surréalisme

Le contenu révolutionnaire du surréalisme ne peut être pleinement saisi, que si l’on tient compte du rôle émancipateur de l’écriture automatique et de sa contribution à l’éveil des consciences. Que ses plus grandes conquêtes, matérialisées en partie à travers des productions « artistiques », donnent aujourd’hui, le sentiment de faire essentiellement le bonheur des spéculateurs en bourse, ne doit pas nous faire oublier ses véritables enjeux. Il faut se demander, en vérité, si en affichant leur volonté de libérer le langage du poids des traditions et des préjugés séculaires qui le figent, les surréalistes n’avaient pas tout simplement le désir de « déplacer les bornes du soi-disant réel » ? Benjamin Péret, dans de nombreux textes, a parfaitement mis en relief à quel point le langage domestiqué, réduit à son expression la plus platement « utilitaire » du « doit » et de l’« avoir », signifiait ta pérennité de la servitude dans la République des « lieux communs ». Son oeuvre poétique est de celles qui laissent le moins de prise à « cette croûte de signification exclusive dont l’usage a recouvert les mots ». Que ce soit dans ses poèmes ou dans ses analyses politiques d’une grande lucidité, Péret à chaque instant nous prouve que c’est dans l’utopie révolutionnaire que les rêves humains trouvent leurs plus belles manifestations. Par la force et la rigueur qu’il mit au service de la surréalité comme à l’avènement de la Révolution Sociale, plus que tout autre, il mérita du « signe ascendant ». Péret reste le poète des plus sublimes intransigeances, l’inoubliable auteur de Je Ne Mange Pas De Ce Pain - Là. Comme le Libertaire le titrai jadis pour Breton, sa mort, survenue en septembre 1959, constitua assurément,« un grand malheur pour la pensée honnête ».

Benjamin Péret:

"Ce que c'est que le surréalisme" (1929)

Pour que les lecteurs de ce journal soient renseignés sur le surréalisme, je pourrais les renvoyer à l'interview que j'ai donnée au représentant de l'agencia Brasileira et qui a été publiée dans l'un des derniers numéros de Diario Nacional du mois passé.
Cependant, il me paraît utile de préciser quelques poi
nts:

1° Le surréalisme est contre l'art parce que l'art suppose des compromissions de toutes sortes et d'abord s'oppose à la sincérité totale que nous exigeons.


2° Le surréalisme n'est pas contre la logique. il l'ignore délibérément. La logique n'a rien à voir avec la poésie dont le surréalisme permet le jaillissement pur et spontané. Cela n'implique pas que les surréalistes soient dépourvus de cette logique instinctive qui est l'apanage de tout être normal.


3° Le surréalisme n'est pas contre la culture. Il dit que la culture n'a rien à voir avec la production d'une oeuvre purement surréaliste et même de n'importe quelle oeuvre sincère et empreinte d'une personnalité réelle et vivante.


4° Le surréalisme est une tentative purement désintéressée. Aucun des surréalistes n'écrit pour le public – c'est à dire en vue du succès – par conséquent ils ne cherchent ni à lui plaire ni à lui déplaire. Ils ne font aucune concession d'aucune sorte au goût du public. En cela ils sont contre la commercialisation de l'esprit.


L'écriture automatique qui est à la base du surréalisme, vient directement de la psychanalyse freudienne. Freud fait dire à ses sujets tout ce qui leur passe par la tête. Nous faisons de même, sans raturer ce que nous écrivons et en faisant abstraction au préalable de tout contrôle de la raison.


6° Nous sommes contre les préjugés de toutes sortes que nous méprisons hautement. Nous refusons de discuter ces préjugés et commençons par insulter les imbéciles pour lesquels ils sont valables.


7° Jusqu'à preuve du contraire, je tiens actuellement le surréalisme pour la seule entreprise valable et désintéressée parce que seule elle amène la libération totale de l'esprit. Le surréalisme appartient à tous les hommes qui sentent déjà l'absurdité de toutes les contraintes qui leur ont été imposées jusqu'ici. Il leur permet de se découvrir tels qu'ils sont, tels qu'ils devraient


Benjamin Péret: "Ce que c'est que le surréalisme", Diario de São Paulo, 7 mars 1929. Oeuvres complètes, tome 7, Librairie José Corti, 1995, p. 133.

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