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Utilise les tracts et les articles de ce blog, ils ne sont la propriété de personne, ils ne font que refléter  les positions  d'une classe qui vit, qui lutte pour supprimer sa propre condition de salariée. Diffuse ces textes, discute-les, reproduis-les. 

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 22:36

IVe-Internationale--A-.jpg

  • La rupture de Natalia Trotsky avec la IV° Internationale, par les groupes d’O. Damen et G. Munis + Annexes

 

***

1

Extrait d’une brochure en hommage à Natalia Sédova-Trotsky (1962)

Raya Dunayevskaya

Avec l’autorisation de l’auteur, nous publions ci-dessous l’extrait d’un article de Raya Dunayevskaya, paru dans le journal américain « News and Letters » de février 1962. Raya Dunayevskaya, auteur de diverses études sur le marxisme, sur l’U.R.S.S., a été en 1937-1938 la secrétaire de Trotsky.

                                                                                              IN MEMORIAM

NATALIA SEDOVA-TROTSKY entra pour la première fois en contact avec le mouvement révolutionnaire dans la Russie tsariste, alors qu’elle avait seulement quinze ans. Elle était encore adolescente quand elle émigra en Europe pour y faire des études; c’est là qu’elle rejoignit le petit groupe d’émigrés russes qui se rassemblait autour du journal l’Iskra. Cette jeune fille modeste, volontairement effacée, reçut la tâche de trouver une chambre pour un jeune théoricien plein de promesses qui venait de s’évader de Sibérie et dont on ne lui avait pas dit le nom. Il se trouva que c’était Lev Davidovitch Trotsky ; on lui demanda de s’assurer qu’il ne perdait pas son temps mais préparait bien sa première conférence à Paris.
C’est là le seul incident de sa vie personnelle dont Natalia ne m’ait jamais parlé durant les années (1937-1938) où je vécus à Mexico comme secrétaire de Trotsky. Elle ajoutait qu’elle ne pouvait se décider à entrer dans la chambre de Trotsky et à lui transmettre le message : la nécessité de se concentrer sur sa conférence. Aussi rapporta-t-elle aux camarades plus âgés qu’à son avis il se préparait puisqu’elle l’avait entendu siffler. Cependant, sa façon d’interpréter le sifflotement ne fut pas acceptée et on l’envoya à nouveau frapper à la porte et parler au jeune camarade. Elle se dirigeait lentement vers la chambre, toute rougissante, quand Lev Davidovitch s’élança dehors, la renversant presque. Au premier regard, ce fut l’amour. Elle avait alors presque vingt et un ans. Toute sa vie elle resta sa compagne, à travers l’exil sous le tsarisme, les prisons tsaristes, la marée montante de la révolution, le pouvoir, l’exil imposé par Staline, jusqu’à ce que le tragique assassinat vînt les séparer.
Je n’oublierai jamais la seule fois où j’ai vu Natalia pleurer. On avait annoncé la mort, à Paris, de son fils Léon Sedov. Je fus la première à apprendre la tragique nouvelle en répondant au téléphone pendant que nous étions tous à table, prenant le déjeuner. Je n’osais regarder personne en face après cette nouvelle. Staline avait persécuté son autre fils; nous ne savions pas ce qu’il était devenu. Il avait persécuté les filles que Trotsky avait eues de sa première femme ainsi que cette femme elle-même : la mort, le suicide, la déportation furent leur lot.
Et maintenant, cela ! Je ne pus que m’asseoir à table en disant que c’était un faux numéro et, à la fin du repas, le secrétariat se rassembla pour décider qui porterait la nouvelle à Léon Trotsky, qui la porterait à Natalia. D’un commun accord, nous décidâmes que seul Léon Trotsky pouvait apprendre un tel malheur à Natalia.
Ils se retirèrent dans leur chambre et, un moment après, on entendit son cri. Nous ne les vîmes pas pendant huit jours. Ce coup était le plus dur, non seulement parce que Léon Sedov était leur seul enfant vivant, mais aussi parce qu’il avait été le plus proche collaborateur de Trotsky, sur le plan littéraire comme sur le plan politique. Quand Trotsky avait été interné en Norvège, réduit au silence, mis dans l’impossibilité de répondre aux monstrueuses charges accumulées contre lui dans le premier des procès de Moscou (août 1936), Sedov avait rédigé Le Livre Rouge1 qui, en dénonçant de façon éclatante les falsifications de Moscou, porta un coup irréparable au prestige du Guépéou.
Durant les sombres jours qui suivirent la nouvelle tragique, ces jours où Trotsky et Natalia demeurèrent enfermés dans leur chambre, Trotsky écrivit l’histoire de la brève existence de leur fils. C’était la première fois depuis l’époque prérévolutionnaire que Trotsky écrivait de sa propre main. Le huitième jour, Léon Trotsky sortit de la chambre. Je restai pétrifiée en le voyant. Le net, méticuleux Léon Trotsky ne s’était pas rasé de toute la semaine. Ses traits étaient profondément creusés, ses yeux gonflés tant il avait pleuré. Sans ajouter un mot, il me tendit le manuscrit : Léon Sedov, fils, ami, combattant, qui renferme quelques-unes de ses pages les plus poignantes. Mes yeux tombèrent d’abord sur ce passage : « J’ai appris à Natalia la mort de notre fils — en ce même mois de février où, il y a trente-deux ans, elle m’avait apporté en prison la nouvelle de sa naissance. Ainsi s’est achevé pour nous ce 16 février, le jour le plus noir de notre vie privée… Avec notre fils est mort tout ce qui restait encore de jeune en nous. » La brochure était dédiée « à la jeunesse prolétarienne ».
Le matin suivant, les journaux apportèrent la nouvelle du troisième procès de Moscou (mars 1938), qui devait s’ouvrir à peine deux semaines après la mort de Léon Sedov.
Quelques jours plus tard, Natalia vint se promener avec moi dans les bois et là, elle se mit à pleurer douce¬ment et me demanda de n’en rien dire à Léon Trotsky car, plus que personne, il avait besoin de toute sa force et de toute notre aide pour répondre aux démentielles et calomnieuses accusations de l’homme du Kremlin, bien décidé à assassiner le seul être (Trotsky) qui pouvait encore diriger une révolution contre la bureaucratie et ramener le mouvement russe, et par là le mouvement international, sur le chemin marxiste de la libération.
Avec le commencement du troisième procès de Moscou, nous dûmes oublier tout le reste et nous consacrer à la lutte contre ces démentielles accusations. Staline, épaulé par la puissance de l’Etat russe et du pouvoir militaire, avait pendant une décade entière préparé la scène pour ces monstrueuses machinations. Léon Trotsky n’eut que deux heures pour répondre — et ceci seulement parce que la presse mexicaine voulut bien lui communiquer les accusations qui arrivaient par télétype et garder ses imprimeries ouvertes pour qu’il pût répondre.
Deux ans après que les procès eurent été dénoncés, non seulement par Trotsky lui-même mais par la Commission d’Enquête présidée par John Dewey, comme la plus grande machination de l’histoire, un agent du Guépéou enfonça son piolet dans la tête de Léon Trotsky.

Note

1. Publié pour la première fois en russe, comme numéro spécial, du Bulletin de l’Opposition (organe des bolcheviks-léninistes russes), édité par Sedov à Paris.

***

2

LA RUPTURE DE NATALIA TROTSKY

AVEC LA IVe INTERNATIONALE

AUJOURD’HUI COMME HIER

La IVe Internationale s’étant emparée des funérailles de Natalia Sedova Trotzky, sans même se donner la peine d’éclairer qui que ce soit sur la véritable pensée politique de celle-ci, nous nous faisons un devoir de porter à la connaissance de tous les trois documents ci-après.

On notera que, dans sa lettre de rupture, Natalia accuse la IVe internationale non seulement de conservatisme à l’égard d’une notion dépassée (la Russie état ouvrier), mais aussi d’abandon de l’internationalisme prolétarien. Dans sa réponse la IVe internationale laisse de côté les accusations politiques ou tergiverse sur la question de la Russie. Son argument le plus fort est l’insulte. Elle accuse Natalia Sedova Trozky d’être sous l’emprise de l’impérialisme américain, tandis que pendant la dernière guerre mondiale, lorsque les actuels leaders de la IVe faisaient de la résistance nationale, elle les traitait d’opportunisme.

La IVe internationale a-t-elle organisé les funérailles d’une femme tombée sous la coupe de l’impérialisme américain ou bien l’a-t-elle « réhabilitée » à la mode orientale? En tout cas, on ne saurait conclure que Natalia Sedova Trotzky a changé de position, comme le prouve sa dernière déclaration politique écrite, reproduite ci-dessous. Il est de plus en plus certain que la IVe Internationale se rapproche de Moscou dans la mesure même où Natalia s’en éloignait, ainsi que nous, qui restons fidèles à la pensée révolutionnaire.

Paris, le 17 février 1962.

Les Éditeurs :

GROUPE SPARTACUS (France) :

PARTITO COMUNISTA INTERNAZIONALISTA (Italie) : BATTAGLIA COMUNISTA

FOMENTO OBRERO REVOLUCIONARIO (Espagne) : F.O.R

***

LETTRE DE NATALIA SEDOVA TROTZKY AU COMITE EXÉCUTIF DE LA IVe INTERNATIONALE

Camarades,

Vous savez fort bien que je n’étais plus d’accord politiquement avec vous depuis 5 ou 6 ans, depuis la fin de la guerre et même plus tôt. La position que vous avez prise sur les importants événements des derniers temps me montre qu’au lieu de corriger vos erreurs antérieures, vous persistez en elles et les approfondissez. Sur la route que vous avez prise, vous êtes arrivés à un point où il ne m’est plus possible de rester silencieuse et de me limiter à des protestations privées. Je dois maintenant exprimer mes opinions publiquement.

Je me sens obligée de faire un pas grave et difficile pour moi, et je ne puis que le regretter sincèrement. Mais il n’y a pas d’autre voie. Après beaucoup de réflexions et d’hésitations sur un problème qui m’a profondément peinée, je trouve que je dois vous dire que je ne vois pas d’autre voie que de dire ouvertement que nos désaccords ne me permettent plus de rester plus longtemps dans vos rangs.

Les raisons de cette action définitive de ma part sont connues de la plupart d’entre vous. Je ne les répète ici brièvement que pour ceux auxquels elles ne sont pas familières, n’abordant que nos divergences fondamentales essentielles et non les divergences sur les questions de politique quotidienne qui leur sont reliées ou qui en découlent.

Obsédés par des formules vieilles et dépassées, vous continuez à considérer l’État stalinien comme un État ouvrier.

Je ne puis et ne veux vous suivre sur ce point. Depuis le début de la lutte contre la bureaucratie usurpatrice, L. D. Trotzky répéta pratiquement chaque année que le régime se déplaçait vers la droite, dans les conditions de retard de la révolution mondiale et de la saisie de toutes les positons politiques en Russie par la bureaucratie. A plusieurs reprises, il souligna que la consolidation du stalinisme en Russie menait à une détérioration des positions économiques, politiques et sociales de la classe ouvrière, et au triomphe d’une aristocratie tyrannique et privilégiée. Si cette tendance continue, dit-il, la révolution s’épuisera et le capitalisme sera restauré. Malheureusement c’est ce qui s’est produit, bien que sous des formes nouvelles et inattendues. Il n’y a guère de pays au monde où les idées et les défenseurs authentiques du socialisme soient pourchassés de façon aussi barbare. Il devrait être clair pour chacun que la révolution a été complètement détruite par le stalinisme, Cependant vous continuez à dire que, sous ce régime inouï, la Russie est encore un État ouvrier. Je considère ceci comme un coup porté au socialisme. Le stalinisme et l’État stalinien n’ont absolument rien de commun avec un État ouvrier et avec le socialisme. Ils sont les plus dangereux ennemis du socialisme et de la classe ouvrière.

Vous considérez maintenant que les États de l’Europe orientale sur lesquels le stalinisme a établi sa domination pendant et après la guerre sont également des États ouvriers. Cela équivaut à dire que le stalinisme a rempli un rôle socialiste révolutionnaire. Je ne puis et ne veux vous suivre sur ce point. Après la guerre et même avant qu’elle se termine, il y eut un mouvement révolutionnaire montant des masses dans ces pays. Mais ce ne furent pas les masses qui s’emparèrent du pouvoir et ce ne furent pas des États ouvriers qui furent établis par leurs luttes. C’est la contre-révolution stalinienne qui s’empara du pouvoir, réduisant ces pays à l’état de vassaux du Kremlin, étranglant les masses travailleuses, leurs luttes révolutionnaires et leurs aspirations révolutionnaires. En considérant que la bureaucratie stalinienne a établi des États ouvriers dans ces pays, vous assignez à celle-ci un rôle progressif et même révolutionnaire. En propageant cette contrevérité monstrueuse, vous déniez à la IVe Internationale toute raison fondamentale d’existence comme parti mondial de la révolution socialiste. Dans le passé nous avons toujours considéré le stalinisme comme une force contre-révolutionnaire dans tous les sens du terme, vous ne le faites plus, mais je continue à le faire.

En 1932 et 1933, pour justifier leur capitulation honteuse devant l’hitlérisme, les staliniens ont déclaré qu’il importait peu que les fascistes viennent au pouvoir, parce que le socialisme viendrait après et à travers le règne du fascisme. Seules des brutes dépourvues d’humanité et d’un atome de pensée ou d’esprit révolutionnaire pouvaient s’exprimer ainsi. Aujourd’hui, indépendamment des buts révolutionnaires qui vous animent, vous prétendez que la réaction despotique stalinienne qui a triomphé en Europe orientale est une des voies par lesquelles le socialisme viendra éventuellement. Ce point de vue constitue une rupture irrémédiable avec les convictions profondes que notre mouvement a toujours défendues et que je continue à partager.

Il m’est impossible de vous suivre dans la question du régime de Tito en Yougoslavie. Toute la sympathie et tout le soutien des révolutionnaires et même de tous les démocrates doivent aller au peuple yougoslave dans sa résistance déterminée aux efforts de Moscou pour le réduire et réduire son pays à la servitude, Il faut tirer profit des concessions que le régime yougoslave est à présent obligé de faire à son peuple. Mais toute votre presse est maintenant consacrée à une inexcusable idéalisation de la bureaucratie titiste, idéalisation pour laquelle il n’y a pas de base dans les traditions et les principes de notre mouvement. Cette bureaucratie stalinienne n’est qu’une réplique, sous une forme nouvelle, de la vieille bureaucratie stalinienne. Elle a été éduquée dans les idées, la politique et la morale du Guépéou. Son régime ne diffère en rien de fondamental de celui de Staline. Il est absurde de croire ou d’enseigner que la direction révolutionnaire du peuple yougoslave se développera de cette bureaucratie ou par d’autres voies que celle d’une lutte contre elle.

Ce qui est plus insupportable que tout, c’est la position sui la guerre à laquelle vous vous êtes engagés. La troisième guerre mondiale qui menace l’humanité place le mouvement révolutionnaire devant les problèmes les plus difficiles, les situations les plus complexes, les décisions les plus graves. Notre position ne peut être prise qu’après des discussions très sérieuses et très libres. Mais face aux événements des récentes années, vous continuez de préconiser la défense de l’État stalinien et d’engager tout le mouvement dans celle-ci. Vous soutenez même maintenant les armées du stalinisme clans la guerre à laquelle se trouve soumis le peuple coréen crucifié. Je ne puis et ne veux vous suivre sur ce point. C’est en 1927 que Trotzky, dans une réponse à une question déloyale qu’on lui posa au Bureau politique, exprima ses positions comme suit : Pour la patrie socialiste, oui! Pour le régime stalinien, non ! C’était en 1927! Aujourd’hui, vingt-trois ans après, Staline n’a rien laissé de la patrie socialiste. Elle a été remplacée par l’asservissement et la dégradation du peuple par l’autocratie stalinienne. C’est cet État que vous vous proposez de défendre dans la guerre, que vous défendez déjà en Corse. Je sais très bien que vous dites souvent que vous critiquez le stalinisme et que vous le combattez. Mais le fait est que votre critique et votre lutte perdent leur valeur et ne peuvent donner de résultats parce qu’elles sont déterminées par votre position de la défense de l’État stalinien et subordonnées à celle-ci. Quiconque défend ce régime d’oppression barbare, abandonne, indépendamment de ses motifs, les principes du socialisme et de l’internationalisme.

Dans le message qui m’a été envoyé par le dernier Congrès du S.W.P., il est écrit que les idées de Trotzky continuent à vous guider. Je dais vous dire que j’ai lu ces mots avec beaucoup d’amertume. Comme vous avez pu le constater de ce que je viens d’écrire, je ne vois pas ces idées dans votre politique. J’ai confiance dans ces idées. Je reste convaincue que la seule issue è la situation actuelle, c’est la révolution socialiste, c’est l’auto-émancipation du prolétariat mondial.

Natalia Sedova TROTZKY

Mexico, 9 mai 1951.

ANNEXES

Déclaration du Comité Exécutif International (IVe Internationale) sur la lettre de Natalia Sedova Trotzky

La rupture de Natalia Trotzky avec la IVe Internationale est un événement pénible dans son histoire, qui provoquera le regret des révolutionnaires dans le monde entier. Mais cette rupture ne pourra rien changer à leur détermination de continuer la lutte pour les idées du dirigeant martyr de la Révolution d’Octobre, lutte maintenant abandonnée par Natalia. Ils comprendront que son acte, en dépit des meilleures intentions, est objectivement une capitulation sous la pression de l’impérialisme mondial : mais celle-ci ne met pas plus en cause le programme de la IVe Internationale, tracé dans ses lignes essentielles par Léon Trotzky, que ne le fit la capitulation devant le stalinisme de ses collaborateurs les plus proches, Rakowsky, Radek, Preobrajenski et autres au cours de son existence. La réaction organisée a souvent, par sa puissance, dominé et écrasé la résistance de tel ou tel individu. Mais elle n’a jamais été capable et, nous en sommes certains, elle ne sera jamais capable d’écraser les grandes vérités du marxisme élaborées par les leaders géniaux de la révolution prolétarienne Marx, Engels, Lénine et Trotzky, et les mouvements qu’ils ont créés.

Il n’est guère besoin à présent de nous livrer à une longue polémique sur la déclaration de Natalia Trotzky. Les faits, l’histoire et la logique de l’analyse de classe sont clairs. Ils sont chair et sang des cadres ouvriers en qui s’identifie le trotzkisme dans chaque pays. Et ce n’est pas le fruit du hasard. C’est Trotzky lui-même qui insista que la stratégie de la défense inconditionnelle de l’Union soviétique contre l’impérialisme devait être la pierre de touche du mouvement qu’il dirigea afin de pouvoir supplanter et renverser le stalinisme dans l’avant-garde révolutionnaire du prolétariat. Ce ne fut pas pour lui une question académique. Du début de son exil en 1929 jusqu’à sa mort, onze années plus tard, jamais il ne fit la moindre concession à ceux qui demandaient de renoncer à cette tâche stratégique de la lutte de classe internationale. Au contraire, Trotzky rompit sans hésitation avec les personnes les plus distinguées, et même avec des collaborateurs personnels — de Souvarine à Shachtman — qui glissèrent sur cette question décisive. Cette question fut précisément la raison de la plupart des scissions dans les rangs du mouvement trotzkiste mondial, scissions qui s’avérèrent en outre entièrement justifiées par les reniements ultérieurs de la plupart de ceux qui commencèrent avec une position défaitiste envers l’Union soviétique.

Il est pénible d’entendre Natalia Trotzky répéter les arguments même que Trotzky avait si longtemps combattus et qu’il réfuta et dénonça dans tous ses écrits, notamment dans tous ceux de sa dernière bataille contre l’opposition petite-bourgeoise Shachtman-Burnham dans le Socialist Workers Party quelques mois avant d’être assassiné.

Trotzky connaissait parfaitement bien la bestialité et la barbarie du régime stalinien. Il en avait vécu l’horrible dégénérescence et conclu à la nécessité d’une révolution politique pour renverser le régime bureaucratique et rétablir la démocratie ouvrière. Mais ce fut lui, l’auteur du célèbre parallèle entre le totalitarisme des régimes de Staline et d’Hitler, qui rejeta sans aucune équivoque toute suggestion selon laquelle l’Union soviétique devait en raison de son régime être abandonnée à la merci de l’impérialiste. Il ne cessa de répéter que le marxisme dans son essence consistait à saisir la différence entre la base sociale de la société créée par la Révolution d’Octobre et la caste parasitaire qui avait usurpé le pouvoir dans le premier État ouvrier. Tout à fait clairvoyant quant au processus de dégénérescence qui se déroulait, Trotzky répéta à maintes reprises que la nature de classe de l’État était déterminée par ses formes de propriété et que l’élimination de la nationalisation et de l’économie planifiée seule modifierait sa nature de classe. Natalia Trotzky n’a apporté aucun élément nouveau pour prouver qu’une telle transformation avait eu lieu.

Au contraire, sa déclaration ne donne pas d’analyse sérieuse du stalinisme ou de la situation en Union soviétique, Elle constitue une de ces réactions émotionnelles à la brutalité du régime stalinien, réactions devenues si familières dans les années passées et qui n’étaient pas inconnues du temps de Trotzky. Une fois de plus nous avons la tentative ancienne d’identifier les opposants révolutionnaires les plus conséquents du Kremlin avec le stalinisme en raison de leur défense de l’Union soviétique. Il est pénible que cette accusation nous soit faite par la veuve de celui qui fut si souvent l’objet de la même accusation et pour les mêmes raisons. L’assassinat de Trotzky a montré que Staline était moins que quiconque convaincu qu’il y avait dans le défensisme de Trotzky le moindre indice ou signe d’une capitulation devant le régime autocratique en U.R.S.S.

Nous comprenons fort bien les raisons personnelles justifiées de l’amertume de Natalia, et nous savons les souffrances immenses qu’elle a subies de la part des assassins du Kremlin. Mais nous devons aussi répéter avec Trotzky que l’amertume ne peut remplacer une politique. Particulièrement en temps de guerre ou de l’approche de la guerre, lorsque les pressions de la société organisée atteignent leur intensité la plus grande un révolutionnaire qui perd la tête, c’est-à-dire ses critères de classe, est perdu.

Pour Trotzky dans la dernière guerre, tout comme pour nous aujourd’hui, l’ennemi principal du socialisme et du progrès est l’impérialisme mondial. C’est seulement dans la mesure où ceci est compris et devient la base de notre stratégie de classe — et pas autrement — que peuvent être combattus et vaincus le stalinisme et toutes les autres tendances étrangères dans le mouvement ouvrier.

L’âpre répudiation de la IVe Internationale par Natalia provoquera précisément le contraire de ce qu’elle recherchait, C’est un cadeau précieux qu’elle fournit à la fois au stalinisme et à l’impérialisme. Staline pourra plus commodément répandre ses mensonges et ses calomnies contre le trotzkisme aux ouvriers et paysans de Corée, de Chine, d’Europe orientale et d’U.R.S.S. que Natalia a décidé d’abandonner à l’impérialisme en raison de l’influence ou de la domination du stalinisme dans ces pays. D’autre part, les laquais de l’impérialisme, les sociaux-démocrates et les renégats de tout acabit chercheront à trouver dans sa déclaration une justification de leurs crimes et de leurs trahisons envers le prolétariat.

Mais ni les uns ni les autres ne réussiront en fin de compte. La puissance de la vérité résistera à ces déformations et à ces attaques. Et surtout, la détermination des cadres révolutionnaires de la IVe Internationale de prendre part aux luttes des masses contre le capitalisme et l’impérialisme, en dépit du caractère de leurs directions temporaires, conduira à la justification finale de notre chef martyr sur tous ses détracteurs d’aujourd’hui.

Il n’est pas commode de se séparer de Natalia qui, après tant d’années de combat, est devenue la victime de pressions plus fortes qu’elle. Les révolutionnaires, les continuateurs de Léon Trotzky n’ont pas le choix. Nous ne pouvons que répéter la célèbre maxime qu’il aimait à citer : « Ni rire ni pleurer, mais comprendre ».

Juin 1951 (Quatrième Internationale, vol. IX (9e année) no 5-7, mai - juillet 1951, p. 51 sq.)

DERNIERE DECLARATION (au quotidien français France Soir)

Monsieur le Directeur,

Dans l’interview faite par M. Michel Gordey et publiée clans France-Soir le lundi 7 novembre, il est dit au second paragraphe : « Elle (c’est-à-dire moi-même) espère, avant de mourir, assister à la réhabilitation par le communisme mondial de celui (Trotzky) qui fut, après Lénine, le plus grand révolutionnaire des temps modernes et le père spirituel de Mao Tsé-Toung, le chef communiste chinois. »

Ces paroles ne m’appartiennent nullement; elles ont été introduites par le rédacteur de l’interview. Je me vois donc obligée de préciser ce qui suit :

1. — Un grand révolutionnaire comme Léon Trotzky ne peut en aucune manière être le père de Mao Tsé-Toung, qui a conquis sa position en Chine en lutte directe avec l’Opposition de gauche (trotzkiste) et l’a consolidée par l’assassinat et la persécution des révolutionnaires, tout comme l’a fait Tchang Kai-Chek. Les pères spirituels de Mao Tsé-Toung et de son parti sont évidemment Staline (qu’il revendique d’ailleurs comme tel) et ses collaborateurs, M. Khrouchtchev inclus.

2. — Je considère l’actuel régime chinois, de même que le régime russe ou tout autre bâti sur le modèle de celui-ci, aussi éloigné du marxisme et de la révolution prolétarienne que celui de Franco en Espagne.

3. — La terreur policière et les calomnies de Staline n’étaient que l’aspect politique d’une lutte à mort contre la révolution, menée par l’ensemble de la bureaucratie. On ne peut donc attendre le rétablissement de toute la vérité que de l’anéantissement de cette bureaucratie par la classe ouvrière qu’elle a réduite à l’esclavage. Je n’espère rien du parti russe ni de ses imitateurs foncièrement anticommunistes; toute déstalinisation s’avérera un leurre, si elle ne va pas jusqu’à la prise du pouvoir par le prolétariat et la dissolution des institutions policières, politiques, militaires et économiques, bases de la contre-révolution qui a établi le capitalisme d’État stalinien.

Recevez, Monsieur le Directeur, mes salutations.

Paris, 9 novembre 1961.

Natalia Sedova Trotsky

 


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Published by Aliocha - dans Internationalisme
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